lundi 14 août 2017

tentative de désécriture d'un sonnet commis dans les années 80 du siècle dernier

Nue la nue
Nue
allongée au loin
qui dores
qui dors
et t’étires Au soleil
au soleil déclinant
déclinant tes vaporeux appas
Tu t’éloignes
encor
des lieux
des lieux que tu trompas
De ton ombre
diffuse
ton ombre diffuse
ton ombre diffuse et féconde
et féconde
en délires

Seul
dorénavant moi
sur le sol trop fangeux
Seul dorénavant moi sur le sol
trop fangeux
trop fangeux parmi tous les mortels
Parmi tous les mortels abandonnés
du rêve
J’ai connu
le plaisir
j'ai connu le plaisir
J'ai connu le plaisir de la vie qui s’élève
le plaisir de la vie qui s'élève
Au-delà
Au-delà des sommets éthérés
et neigeux

J’ai nagé
et neigeux j'ai nagé
dans les cieux de ton évanescence
J'ai nagé dans les cieux
Bien plus haut que ces dieux
tristes
ces dieux tristes dont la naissance
Est marquée par
le poids
le poids de la réalité

Et si
tendant les bras aux cimes
aux cimes désirables
aux cimes des érables
roué
Mon être
à naître
Mon être
n’atteint plus
les joies impondérables
Mes désirs
mes désirs à buste d'hommes
mes désirs
à corps chevalins
Mes désirs
débridés
cavalent galopent fuient
fuient

loin de la cité

samedi 12 août 2017

Je ne sais pas pourquoi je me souviens.

On lit, et après on oublie. Quand on lit beaucoup, c'est pire. Quand on vieillit aussi, c'est pire. Pour m'assurer un souvenir suffisant (et encore), il faut que je lise le livre trois fois. Deux, c'est insuffisant. La vie est insuffisante, autant dire. Les livres dont on se souvient le mieux, souvent, sont ceux qu'on a lus dans notre jeunesse. Parfois on s'en souvient bien alors même qu'on a oublié le titre et le nom de l'auteur. Toutefois, parmi ceux-là, il y en a dont je me souviens beaucoup mieux que d'autres. Ça veut peut-être dire qu'ils étaient meilleurs que d'autres. (Pour moi, hein, oui, pour moi ; mais ne chipotons pas.) Ou alors, peut-être que je les ai lus trois fois et que c'est pour ça que je m'en souviens mieux. Mais si je les ai lus trois fois, ce qui est possible après tout, ça veut peut-être dire qu'ils étaient meilleurs que d'autres. De ma période science-fiction, entre dix et quatorze ans environ, je me rends compte que je me souviens beaucoup mieux du Monde vert et de Croisière sans escale de Brian W. Aldiss que des trois premiers Fondation d'Asimov et de la plupart des Van Vogt. Bon, ça ne veut peut-être rien dire, sauf que je devrais peut-être les racheter, tiens, ces deux-là.

jeudi 13 juillet 2017

physique du sens

Il y a de la gravité dans tout énoncé. Tu écris quelque chose, et tout de suite, le sens ; le sens lui tombe dessus. C'est la loi de la gravité. Dans certains énoncés, la gravité est telle que la quantité de sens qui tombe est insoupçonnée. Et sous le sens : rien que le mot. Rien ne tombe sous le sens que le mot. Rien n'est vide. Rien n'est évident.
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mercredi 12 juillet 2017

Petra, Piera, Pierrette, Perrine

Ce jour-là un nuage d'ébène monta des profondeurs du ciel, répandit ses ténèbres.
Sautez

C'est l'inplicit (l'incipit suivi de l'explicit, quoi) de l'Apparition, de Perrine Le Querrec, paru aux éditions Lunatique. Je n'ai pas le temps d'en dire plus mais ça peut suffire pour donner envie, je trouve. C'est le cœur des hommes encore, à travers une apparition à trois petites filles d'autrefois, plus tout à fait petites, dans un village reculé qui devient le carrefour de toutes les croyances, les incrédulités, les curiosités. Trois petites filles aux noms de pierre : Petra, Piera, Pierrette. (Et le lecteur évidemment rajoute : Perrine.)
Et c'est un poème – aussi.

samedi 8 juillet 2017

une révélation

En France, il n'y a pas si longtemps, on coupait la tête des coupables ; et en effet cela fonctionnait comme une preuve irréfutable : si la tête était coupable, il y a fort à parier que le reste de l'individu l'était aussi.

jeudi 6 juillet 2017

addict aux champignons

La revue web Addict Culture m'a invité, et je l'en remercie, à leur offrir une madeleine ; les miennes évidemment poussent dans les bois et sont lisibles ici, cliquez donc.

dimanche 2 juillet 2017

inplicit

Hier j'ai inventé un nouveau jeu. C'est rigolo. J'ai appelé ça l'inplicit parce que ça consiste à prendre l'incipit et l'explicit d'un livre et à les coller l'un à l'autre. Ça nous fait l'économie de la lecture de tout le reste et c'est souvent très révélateur. J'ai commencé avec la Recherche et évidemment je suis tombé sur le très joli
« Longtemps, je me suis couché dans le Temps. »
Comme ça me disait quelque chose, j'ai fait une recherche et je me suis rendu compte que Genette l'avait déjà trouvé ; c'est dans Palimpsestes mais je n'ai pas relu tout le passage, j'ai envie de refaire mes petites trouvailles tout seul si vous voulez bien.
L'inplicit rendant le contenu du livre implicite son nom lui va bien je trouve. A notre époque du tout économique on a tout à y gagner, la Recherche en huit mots est vite lue et somme toute, qui sait, il reste l'essentiel. D'ailleurs taire est une tendance de la littérature, mon système a du bon.
Dans la foulée, j'ai inplicité quelques classiques que vous reconnaîtrez sans peine :

« Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait la croix d'honneur. »

« Le 15 mai 1796, le Général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur : Ernest V adoré de ses sujets qui comparaient son gouvernement à celui des grands-ducs de Toscane. »

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui changeait pour lui l'aspect de la société. »

« Le rêve est une seconde descente aux Enfers. »

« Je venais de finir à vingt-deux ans mes études à l'université des remords aux regrets et des fautes aux souffrances. »
(De qui est celui-ci, hein ? On fait moins les malins.)

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.
Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour avoir touché au manteau de Tanit. »
(L'une des difficultés, pour certains romans, consiste à ne pas trop remonter l'explicit si celui-ci a le malheur de dire explicitement quelque chose du dénouement, afin de ne pas gâcher le plaisir des lecteurs qui auraient encore l'idée incongrue de lire le roman dans son intégralité.)

J'ai même essayé avec un recueil de poèmes (illustre) :
« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ! »
(Un inplicit qui me parle de ma sottise à trouver du nouveau dans l'inconnu – en l'occurrence ce jeu de l'inplicit : on est toujours renvoyé à ce qu'on fait.)

Puis je suis revenu au XXe siècle :

« Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit, qu'on n'en parle plus. »
« Nous voici encore seuls, mon oncle. »
(Oui, c'est le même auteur.)

« C'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor », se dit Bernard. « Je suis bien curieux de connaître Caloub. »
(Facile, je le reconnais.)

« Aujourd'hui, maman est morte avec des cris de haine. »
(Mais hier, non. Demain non plus. Il n'y aura pas d'histoire. Pas de meurtre. Ou, s'il y a meurtre, il n'y aura pas de procès.)

Evidemment, cet auteur-ci ne pouvait échapper :
« Le voyage de Mercier et Camier, je peux le raconter si je veux, car l'ombre se parfait. »
« Je serai quand même bientôt tout à fait plus rien »
« Où maintenant continuer. »
(Remarquez comme ces trois derniers mots résument bien le problème qui se pose à Beckett après avoir terminé l'Innommable – car évidemment c'est lui.)

« Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre et vous quittez le compartiment. »

« Il tenait une lettre à la main, abandonnée, inutilisable, livrée à l'incohérent, nonchalant, impersonnel et destructeur travail du temps. »
(Un de mes inplicits préférés. C'est la Route des Flandres de Claude Simon – et c'est aussi la littérature.)

Comme mon ami Didier da Silva me disait le bien qu'il pensait de ce jeu (c'était sur Facebook, au fait – un terrain de jeu, quoi), je lui ai répondu :
« C'est à peine s'il somnole doucement dans le vent. », et vous, lisez donc Hoffmann à Tokyo si ça n'est pas déjà fait, à quoi il m'a répondu :
« Une autre brindille encore apparaît, au moins comme ça enfin c'est fini. »
J'avoue que cédant au narcissisme propre à la profession, j'avais déjà inplicité :
« C'était en plein milieu des champs. Il n'y avait pas de relief à la surface du monde. »

D'ailleurs j'avais bien envie de faire un sort aussi aux auteurs contemporains, par exemple à Pascale Petit :
« J'aime quand elle me dit On retrouvera nos corps recouverts de suçons et deux cents tonnes de cailloux inconnus sur Terre. »
C'est l'inplicit de Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, un inplicit assez explicite je trouve ; quelque chose comme le faisceau minuscule et circonscrit d'une lampe torche dans la pénombre.

(Bon, ceux qui chercheraient des réponses peuvent regarder dans les libellés au pied de ce billet.)

pensée présidentielle

"Dans une gare, vous croisez des gens qui réussissent et d'autres qui ne sont rien."

Cette sortie est-elle la marque d'une pensée complexe ou d'une pensée simpliste ?

vendredi 30 juin 2017

mais qui m'a breveté ça ?

En jetant un premier coup d’œil sur le sujet de français du brevet je me dis que l'antistructuralisme en vogue depuis une dizaine d'années est à peu près aussi intelligent que son contraire mal digéré des décennies précédentes.