dimanche 14 janvier 2018

Des nouvelles de Michel Arrivé

Michel Arrivé est mort le 3 avril dernier mais n'a pas dit son dernier mot – lui qui précisément attribuait à son personnage Adolphe Ripotois cette formule qui me parle terriblement : « Le mot, c'est la mort sans en avoir l'R ». En effet je viens d'avoir de ses nouvelles, tout juste parues aux éditions Black-out sous le titre Elle et lui, lui et elle. Elles sont dix, ses nouvelles, et ainsi préfacées par sa fille Sylvaine Arrivé qui, dans un louable souci de clarté, n'hésite pas à les classer dans un genre jusque-là trop méconnu : la littérature vieillesse, pendant de la florissante littérature jeunesse : « les auteurs seraient des vieux, qui mettraient en scène des personnages de vieux, pour toucher un public de vieux. Les thèmes de prédilection en seraient la vieillesse, la maladie, et bien entendu, la mort. » On ne saurait mieux dire : fidèle quant au fond, cette préface l'est aussi quant au ton ; on y reconnaît déjà celui de l'auteur de l'homme qui achetait les rêves et d'Une très vieille petite fille – on croise d'ailleurs dans ces nouvelles une autre Mme Briand-Lemercier qui est peut-être la même très vieille petite fille – littérature jeunesse et littérature vieillesse ne sont pas si éloignées l'une de l'autre. Entre les nouvelles s'intercalent des illustrations de Brito, qui a bien saisi le ton, jugez plutôt, et n'hésitez pas à découvrir le texte.

dimanche 7 janvier 2018

en sortant d'Enigma

« Nous sommes des fictions créées par notre ego. T'es-tu déjà demandé pourquoi nous mourons alors que les personnages de romans ne meurent jamais vraiment ? »

̶E̶n̶r̶i̶q̶u̶e̶ ̶V̶i̶l̶l̶a̶-̶M̶a̶t̶a̶s̶ Antoni Casas Ros, Enigma, p. 232

(Oui : Villa-Matas est un personnage, dans Enigma. et même si c'est à Joaquim, authentique personnage si j'ose dire, qu'il s'adresse, Casas Ros aussi en est un, au fond.) (Oui, je viens seulement de lire Enigma, qui est paru en 2009. Le temps n'existe pas. Si ?)
C'est une vraie question, la propriété intellectuelle, en littérature. Nous (nous qui écrivons) y sommes viscéralement attachés, au point de souhaiter la mort de qui nierait la nôtre. Et pourtant la littérature est aussi un organisme vivant, où les individualités – qui aiment à s'appeler elles-mêmes écrivains  écrivais-je l'autre jour – sont moins évidentes qu'on ne veut bien le dire. L'auteur est-il complètement l'auteur de ce qui paraît sous son nom ? Le passant qui ne jette pas un œil à la vitrine de la librairie n'est-il pas en partie responsable de ce qui s'y vend ?
(Précaution d'usage : Je ne pense jamais vraiment ce que je dis. Je le dis pour le penser.)

Ah, et aussi : du même auteur qu'Enigma (j'adore cette expression « du même auteur »), c'est l'Arpenteur des ténèbres, qui paraît ces jours-ci, aux éditions du Castor Astral.
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samedi 6 janvier 2018

Emmanuel Macron et le léopon

Mais je vous assure, Monsieur Le Président, que le léopon n'est pas un fake !

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Le léopon
n’existe pas dans la nature
mais j’en ai vu un

en photo.

Notes sur les noms de la nature, éditions des Grands Champs.

mardi 2 janvier 2018

Un Nouveau Magazine Littéraire

Je viens de recevoir le premier numéro du Nouveau Magazine Littéraire. Dans ma boîte aux lettres, sans rien demander à personne, d'ailleurs je n'étais pas au courant de son existence. Mais ça tombe bien, tout ce qui est littéraire m'intéresse, et tout ce qui est nouveau aussi. La couverture n'est pas très engageante : « magazine » est écrit en très gros caractères, « nouveau » en tout petit, « littéraire » en plus petit encore. Quelque noms propres en couverture semblent d'ailleurs assez bien illustrer ces choix de police : Onfray, Beigbeder, Vallaud-Belkacem, Slimani... En revanche si on l'ouvre on peut avoir l'agréable surprise d'en rencontrer d'autres, plus engageants : Nina Allan, Horacio Quiroga, Will Self, Joël Baqué, Anthony Poiraudeau... J'ai juste feuilleté quelques pages au hasard, ça vaut peut-être la peine ; je vais regarder ça d'un peu plus près.

vendredi 29 décembre 2017

découvertes et rencontres présentent un caractère fortuit

La chaleur, quoique sensible, à cette heure matinale, ne suffit pas à communiquer aux insectes leur frénésie continuelle, le vol coloré, parabolique des criquets couleur de pierre, qui deviennent invisibles lorsqu'ils se posent et replient leurs ailes membraneuses, rouges ou azurées, le tapage des cigales, les mouches, de grands papillons sombres aux lunules d'ivoire (des Silènes ou des Sylvandres), les gros coléoptères dont on trouve les carcasses disjointes, la tête cornue, les beaux élytres luisants, dans des tas de sciure, à proximité, les hyménoptères. Ma mère, me dit-on, au réveil, est à la citerne. J'y cours, tombe en arrêt devant un gros insecte engourdi, sur le gravier mouillé, m'en saisis et le lui montre. D'une tape énergique sur les doigts, elle me le fait lâcher et la journée qui s'annonçait sous de fastes auspices – l'aménité de l'air, la créature striée de jaune et de noir – s'enténèbre d'un coup. Je perds ma trouvaille et, pendant un bref instant, me demande si je ne me serais pas mépris sur le compte de la bonne fée qui m'accompagne, me comble et me console depuis toujours. Une marâtre, qui cachait merveilleusement son jeu, vient de tomber le masque, en ce premier matin, près de la citerne. C'est pourquoi il n'y a pas de frelon dans la boîte en carton, non plus qu'un certain nombre de choses que je trouve à mon goût. Les unes m'ont provisoirement échappé, les autres se montrent rebelles à la conservation. J'ai ménagé le vide qui accueillera les premières lorsque leur chemin aura croisé le mien. Un trait constant de cette époque, c'est que, en l'absence de notice explicative, découvertes et rencontres présentent un caractère fortuit. Il importe d'être vigilant, toujours prêt. Tout peut arriver.


« Découvertes et rencontres présentent un caractère fortuit. Il importe d'être vigilant, toujours prêt. Tout peut arriver. » C'est encore mon impression. C'est vrai aussi que pour ma part je n'ai jamais trouvé de notice explicative.

jeudi 28 décembre 2017

écrivains

Ecrivaine, le mot, ça passe pas. J'aime pas. Et en fait, si je creuse un peu la question, je me rends compte que c'est parce que écrivain, j'aime pas non plus. (Du coup je remercie qu'on ait attiré mon attention là-dessus.) Ils sont cons, ces mots. Ils disent un être (entendez l'infinitif du verbe être), alors qu'écrire c'est un faire. On se fiche pas mal de qui il y a derrière (on devrait). Revendiquer un tel statut, c'est déjà vouloir sa statue. Gloriole. Poudre aux yeux pour compenser l'impossibilité d'en vivre – financièrement parlant, car on peut très bien vivre de quelque chose qui ne rapporte rien. Ou dans quelque chose qui ne rapporte rien, ne chipotons pas. Bref. Un instant je rêve qu'on le dise, tous, des gens qui ont leur nom sur des livres publiés : non, arrêtons les conneries, on n'est pas « écrivains ».
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mercredi 27 décembre 2017

perdre les visages

« Il était sur le point, sous l'accumulation de formes de champignons à l'extérieur et à l'intérieur de sa tête, de perdre les visages des autres, des gens, des humains, ce qui autrefois avait été pour lui la chose suprême, le « tiers visible ». Sa femme, depuis longtemps séparée de lui, me raconta qu'elle l'avait rencontré une fois dans la forêt ; il avait d'abord regardé ce qu'elle tenait dans ses mains. – Et c'était ? – Une oronge, une amanite des Césars, une amanita caesara, couleur jaune d’œuf, impossible d'avoir un jaune plus lumineux dans une enveloppe immaculée comme un blanc d’œuf, un vrai délice des dieux. – Quoi ? Elle aussi était devenue folle ? – Oui, exceptionnellement, par jeu, pour peut-être reconquérir le fou en chef. – Et alors ? – Il leva les yeux de l'oronge pour la regarder bien en face, elle, sa femme. Mais il ne la reconnut pas, l'admirant seulement, comme étrangère, davantage à cause de ce qu'elle avait trouvé qu'en raison de sa beauté. »

C'est à la page 120 de l'Essai sur le fou de champignons, de Peter Handke. Je ne suis pas le fou de champignons. Je ne suis pas le fou de champignons. Je ne suis pas le fou de champignons. Je ne suis pas le fou de champignons. D'ailleurs nous n'avons pas les mêmes champignons. D'ailleurs souvent je ne reconnais pas ses champignons. Et mon histoire avec les champignons est complètement différente de la sienne. Il vient des forêts d'épineux, moi des forêts de feuillus. Rien à voir. D'ailleurs je n'ai jamais eu le projet d'écrire un livre sur les champignons, même s'il se trouve que je l'ai un peu fait quand même.
Des pensées comme ça, un peu stupides comme la plupart des pensées, m'ont traversé à la lecture de ce dernier Essai de Handke. Je n'ai pas lu tous les autres. Je n'ai lu que celui sur la fatigue. Mais c'est à Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille, que j'ai surtout pensé, par moments. D'ailleurs dans cet Essai sur le fou de champignons on croise le pharmacien de Taxham. Il connaît mieux les champignons que celui que je consultais autrefois. Mais c'est surtout à cause de cette impression de partir. Même si le fou de champignons ne part pas vraiment.

Cet Essai sur le fou de champignons, c'est un livre sur ce qu'on trouve, sur ce qu'on perd. Quoi d'autre ? Oui, lisez-le.

vendredi 22 décembre 2017

Dans la peau

Nous avons refait un livre pauvre. Sauf que nous cette fois ne sommes plus Philippe Agostini et moi, rappelez-vous Les hommes manquent, mais Ursula Caruel et moi (cliquez donc sur les liens, bon sang de bois !). Et c'est tout beau forcément et ça s'appelle Dans la peau et ça ressemble à ça :